Nous avons eu la chance de discuter avec une mère dont l'enfant bénéficie des services d'un chien d'assistance, provenant de chez Mira.
Nous vous présentons cet entretient fort intéressant

 

Parlez-nous un peu de votre enfant

Camille* est âgée de 15 ans, elle aura 16 ans en novembre. Elle a eu le diagnostique d’autisme elle venait tout juste d’avoir 9 ans. Elle a aussi un TDAH, elle est très anxieuse, elle a un trouble du sommeil sévère, une hypersensibilité sensorielle et un toc. Camille est une jeune fille brillante, très tenace, résiliente, c’est une battante.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire une demande pour un chien d’assistance?

L’été suivant l’annonce du diagnostique, elle allait au camp de jour de la ville, dans un groupe composé d’enfants autistes. Elle s’y était fait un ami et a été passé un après-midi chez lui. Lorsque j’ai été la chercher, elle était étendue de tout son long sur un chien. C’était le chien Mira de son ami. Elle m’a alors dit : pour Noël, je veux un chien Mira. La maman de son ami m’a brièvement expliqué ce qu’était un chien Mira. C’est lorsque le frère de l’ami de ma fille m’a dit que son frère ne faisait presque plus de crises que j’ai « allumé ». En effet, ma fille se désorganisait à tous les jours. Les crises étaient très intenses. Elle me frappait à tous les jours ainsi que tout ce qui était sur son chemin, lançait tout objet qui lui tombait sous la main, hurlait, nous insultait. Plus elle vieillissait, plus les crises étaient intenses, longues et fréquentes. D’ailleurs, lorsque j’ai contacté Mira, j’étais persuadée qu’ils refuseraient de nous laisser un chien, pour moi leur chien serait en danger chez nous. Mon principal objectif avec le chien était que son anxiété diminue et qu’elle arrête de me frapper.

 

L’attente et la préparation étaient-elles longues?

 

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Lorsque que nous avons fait  notre demande, nous avons eu un questionnaire à remplir et avons dû nous rendre chez Mira pour que Camille soit évaluée tant qu’à son intérêt pour les chiens. Pour nous, ce n’était pas du tout une inquiétude, nous savions que Camille aimait les chiens. L’attente à partir de notre demande écrite a été de 2 ans. Pendant ce temps, les crises de Camille augmentaient en nombre, elles duraient entre 1h et 3h, elles étaient quotidiennes. Moi-même je ne pouvais pas la contrôler. Elle a démoli sa chambre (murs avec de très nombreux trous, porte sortie de ses gonds, etc.). De nombreux outils ont été essayés avec le CRDI, aucun n’a réellement fonctionnés. Plusieurs essais de médication ont aussi été faits pour son sommeil et l’agressivité, sans succès. Il n’y a que son TDAH qui était bien contrôlé (attention et hyperactivité, pas l’impulsivité).

Nous avons fini par mettre tous nos espoirs dans le chien que nous n’avions toujours pas. Nous avons tenu le coup grâce aux quelques fins de semaine de répits que nous avions (environ 8 par années) et à l’espoir qu’un jour ça irait mieux. Avant de ramener le chien à la maison, nous allons une semaine chez Mira pour le jumelage et apprendre à travailler avec le chien Mira.

 

Avez-vous eu à vous ajuster, que ce soit au niveau de la maison, votre horaire, etc.?

Le plus gros ajustement est de travailler avec le chien. En effet, ce dernier a appris des commandes et il ne doit pas perdre les acquis. Par exemple, la marche au pied, le assis-reste, couche-reste, etc. Et comme un chien est un être vivant, il arrive qu’il n’écoute pas… Par contre, Mira fait un suivi au domicile et est toujours disponible pour répondre à nos questions va faire d’autres visites. De même, nous pouvons retourner chez Mira pour solidifier nos acquis. Ma fille amène son chien à l’école, mais ce n’était pas le cas au début. Comme mon mari et moi ne pouvions l’amener au travail, se sont mes parents qui la « gardaient » le jour. Mira nous l’avait permis, mon père était présent lorsqu’un entraîneur venait nous visiter. Après environ un an avec son chien, ma fille a fait la demande de l’apporter avec elle à l’école. Nous sommes donc retournées toutes les 3 chez Mira (son chien est une femelle) où elles ont été évaluées et ont eu la permission d’aller à l’école ensemble.

 

Quels ont été les changements ou les améliorations que vous avez constatés auprès de votre enfant?

Dès l’arrivée de son chien dans sa vie, ma fille a cessé de me frapper. Les plus longues crises durent maintenant 30 minutes et sont très rares. Elles durent plutôt en moyenne 5-10 minutes. Elles sont occasionnelles, quelques unes par mois, même s’il y  a des périodes plus difficiles où elles seront plus fréquentes. Elle ne lance plus d’objet ou alors très rarement. Elle n’a plus jamais fait de trous dans les murs, il lui arrive encore de crier, mais c’est beaucoup plus rare. Elle est beaucoup moins anxieuse, lorsqu’elle est en surcharge sensorielle, elle se sert de son chien pour se recentrer. Elle a aussi appris à se servir de son chien avant de se rendre trop loin dans sa crise. À l’école, elle a pris confiance en elle, son anxiété a diminué de façon significative, elle est beaucoup plus disponible aux apprentissages. Les autres jeunes de l’école sont plus portés à aller vers elle, un chien c’est attirant! Depuis l’arrivée de son chien, nous avons enfin pu travailler différents choses : le recadrage du diagnostic (Camille accepte beaucoup mieux d’être autiste), la gestion et la reconnaissance des émotions, les habiletés sociales.

 

Y a-t-il eu des changements auprès des autres membres de la famille?

 

dog-2668993_960_720Notre stress a diminué de façon significative. Nous étions tous extrêmement stressés. Notre sommeil était affecté, nous arrivons enfin à dormir des nuits complètes. Les années de crises ont créé un traumatisme chez moi. Nous avons recommencé à avoir une vie sociale, ce que nous n’avions plus depuis quelques années, nous nous étions complètement isolés. Nous pouvons aussi faire des voyages avec elle, son chien nous suit partout. L’arrivée de son chien nous permet aussi de vivre de beaux moments avec notre fille. Pendant des années les moments difficiles étaient beaucoup plus fréquents que les beaux moments avec elle (ils étaient très rares). Nos fils (ils sont âgés de 18 et 20 ans) sont plus présents à la maison, plus souriants.

 

Il n’y a pas de doute, votre chien fait partie intégrante de la famille?

Jamais je n’aurais cru dire cela, mais le chien de ma fille est ma deuxième fille. Elle porte même le nom de famille de mon mari et mes enfants. Nous lui parlons (bon surtout ma fille et moi) comme si elle comprenait tout et pouvait nous répondre. Nous l’aimons tous vraiment beaucoup et ne pouvons imaginer notre vie sans elle.

 

Comment qualifieriez-vous la relation entre votre enfant et son chien?

Le lien est très fort et même après plus de 3 ans ensemble, le lien se solidifie encore. Ma fille connaît très bien les différents comportements de son chien, elle peut les prévoir. Son chien n’aime pas quand Camille fait des crises, mais elle accepte d’aller faire son travail lorsque ma fille en a besoin. Lorsque ma fille est triste, son chien va vers elle. De même, lorsqu’elle la voit après une séparation, elle est vraiment très heureuse de la voir. Son chien a été choisi spécifiquement pour elle et elles se complètent très bien.

 

L’avenir vous parait-il moins inquiétant ou au contraire, est-ce que le départ de votre chien dans un avenir lointain vous fait peur?

Un jour le chien de ma fille prendra sa retraite. Avec l’aide de Mira nous préparerons ma fille le mieux possible. Elle le sait que son chien va un jour prendre sa retraite. Tant que son chien va avoir la santé et va vouloir mettre son harnais, elle va continuer d’accompagner Camille (elle est en santé et aime beaucoup mettre son harnais…). C’est Camille qui va décider si elle veut un autre chien, nous verrons à ce moment. L’avenir ne nous fait donc pas peur en ce sens, si elle veut un autre chien, Mira lui en remettra un autre. Par contre, nous savons que le départ de son chien sera très difficile pour elle comme pour nous.

 

Auriez-vous des conseils pour les gens qui pensent adopter un chien d’assistance?

Un chien Mira c’est du travail, même s’il est très bien entraîné, il est très important que le chien garde ses acquis et il peut les perdre très vite. Il faut s’attendre à s’impliquer, même si l’enfant est adolescent. Il faut aussi être prêt à se faire questionner lorsque vous sortez avec le chien et se faire demander de le flatter. Il faut aussi vous attendre à vous faire refuser l’entrée d’endroits publics, et ce, même si c’est un droit. Personnellement, ça ne nous ait jamais arrivés, mais nous avons connu des difficultés avec le centre de réadaptation et l’école. Il ne faut pas oublier que Mira est derrière nous et là pour nous aider. Enfin, il faut vous attendre à beaucoup aimer le chien. Mon mari est plutôt indifférent aux animaux et il s’est fait prendre. Même s’il voulait le nier, son visage démontre le contraire lorsqu’il regarde le chien de notre fille.

 

Merci beaucoup pour ce beau partage!

 

 

*Un prénom fictif a été choisi afin de préserver l’anonymat

Pour plus d'informations ; Chien d'assistance

Photos Pixabay